Un mouvement littéraire : autour des Lumières

Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 15:21





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

ROUSSEAU (s’asseyant avec raideur) : Vous vous demandez sans doute Monsieur, le motif de ma présence ici. J’ai moi-même longtemps hésité, puis me suis décidé à venir vous voir.

 

VOLTAIRE : C’est…un plaisir. Mais dites-moi donc, que me vaut votre visite ?

 

ROUSSEAU : Et bien écoutez : quelque chose me tracasse depuis longtemps. Depuis, en fait, que j’ai reçu votre première lettre... Monsieur, me haïssez-vous ?

 

(Voltaire regarde longuement Rousseau, puis après un petit rire reprend la parole d’une voix détachée, avec un sourire au coin des lèvres)

 

VOLTAIRE : Ne faites pas l’enfant mon cher, pourquoi dites vous cela ?

 

ROUSSEAU (fronçant les sourcils, sur le ton de l’évidence) : Vos lettres sont quelque peu blessantes en vérité, vous n’êtes pas vraiment respectueux en vers moi. La raison je ne la connais pas, c’est à vous de me l’apprendre.

 

VOLTAIRE (ironiquement) : Comme vous parlez crument ! Mon but n’était nullement d’être méchant, juste de vous exposer mon point de vue sur votre ouvrage, ou sur vos idées. (Il parle très distraitement, en regardant le bouquet de fleurs des champs) J’ai peut-être été un peu… trop direct ? Pas assez caressant ?

 

GREUZE - Un étudiant (1757)

 

(Rousseau reste sans voix quelques secondes. Voltaire  se lève pour réajuster le bouquet dans son vase. Il essaye vainement de le rendre plus attrayant, en changeant la disposition des fleurs, la tête penchée.)

 

ROUSSEAU (bégayant) : Nos points de vue sont en effet assez différents, mais est-ce une raison pour m’écrire de telles choses ? Réduisant mes espoirs à néant, et l’admiration sans failles que j’avais pour vous à une admiration teintée d’amertume ?

 

VOLTAIRE (tournant la tête vers Rousseau) : Vous m’admirez donc toujours ? (Rousseau ne répond pas) Peu importe… Même si je ne suis pas d’accord avec vous sur bon nombre de choses, même si vous pensez que je vous hais, même si vous n’êtes pas venu ici pour philosopher, ne voulez-vous pas rester un peu, et tenter d’éclaircir cette sombre histoire de point de vue ? Cela peut être cocasse. Parlons, si vous le voulez bien, du plus grand bonheur au monde. Quel est-il pour vous ?

 

(Voltaire, prêt à écouter Rousseau, retourne s’asseoir en face de lui.)

 

ROUSSEAU : Pour moi, c’est bien simple : une journée idéale commencerait par me lever aux aurores, et admirer le ciel rougeoyant, le soleil aux couleurs changeantes et chaudes ; la nature qui s’éveille, pleine de puissance. Seul bien sûr, afin de mieux réfléchir à toute cette beauté sans dérangement extérieur. Ensuite, j’irais me promener en forêt, humer toutes les odeurs de terre fraiche, de rosée, de fleurs et de champignons. J’admirerais les éléments m’entourant, tous parés des plus belles richesses, que la nature leur offre. Avec un peu de chance, je verrais une biche, demoiselle farouche, s’abreuver à un ruisseau. Je rentrerais le soir, la tête pleines d’images, de pensées, de souvenirs et de plaisir, manger quelque chose, écrire quelques pages peut-être. Puis, j’irais m’allonger dans mon lit, et m’endormirais en espérant que le lendemain soit semblable à cette journée.

 

(Rousseau marque une pause, guète la réaction de Voltaire. Le visage de ce dernier n’exprime pas d’expression. Il acquiesce poliment.)

 

ROUSSEAU : Cela ne vous convainc pas Monsieur ? Ne seriez-vous pas heureux de vivre cela ? Il suffit d’essayer, vous serez sans doute conquis.

 

VOLTAIRE : J’en doute fort, cher ami. Une journée idéale serait pour moi différente sur quelques points. Tout d’abord, je ne me lèverais pas trop tôt, il me faut être en forme pour ne pas somnoler pendant la soirée à venir. Lorsque j’ouvrirais les yeux, on me servirait un déjeuner royal et copieux. Les odeurs que j’humerais seraient celles des fruits confits, du lait chaud et des pâtisseries, non celles de la terre, mousse ou autre magnifique broutille. Les beautés que j’admirerais durant la journée seraient bien plus attrayantes que vos arbres : j’irais rendre visite à quelques amis dans de gigantesques palais dorés, les murs seraient parés de mille tableaux, le sol de mille tapis, et tout autour de moi serait luxueux et abondant.  Les demoiselles farouches que je côtoierais ne seraient guère des biches, Monsieur. Mais les plus belles femmes du pays. Lorsque la nuit tomberait, un grand bal serait ouvert, et la fête ne s’arrêterair qu’au petit jour. Banquet, musique, danse, et amis seraient au rendez-vous.

 

ROUSSEAU (doucement) : Ce sont ici des plaisirs bien superficiels…

 

VOLTAIRE : Superficiels ? Ce sont des plaisirs communs à beaucoup. Nous ne sommes, hélas pour vous, plus à l’état sauvage. Nous sommes des gens civilisés, savez-vous ? Le progrès nous apporte bien des choses : le confort, la médecine, la connaissance que l’on peut faire partager à son entourage…

(...)



VOLTAIRE : Mais enfin, mon bon Rousseau ! Le monde se bonifie avec le progrès. Un retour en arrière serait tout d’abord impossible, et de plus, néfaste. Un jour, cela ne m’étonnerait qu’à moitié de vous voir vêtu de peaux dans la forêt, à la recherche de gibier.

 

ROUSSEAU (révolté) : Je vous respecte, vous et vos idées Monsieur. Tachez d’en faire de même je vous prie.

 

VOLTAIRE : Navré, je m’emporte un peu. Mais il y a des choses que vous ne pouvez guère enlever à mon argumentation : la médecine par exemple.

 

ROUSSEAU : Je ne suis en aucun cas contre la médecine,  ceci est une excellente chose. Je ne suis d’ailleurs pas du tout opposé au progrès en général, mais bien à la société de nos jours. Et surtout à la façon dont elle a rendu les hommes mauvais.

 

VOLTAIRE : Comme vous êtes haineux envers le genre humain !

 

ROUSSEAU : Pas le moins du monde. Je pense l’homme bon par nature.  Tenez, par exemple, durant ce que j’appelle le second état de nature, il n’y avait ni inégalité, ni fourberie. Les hommes devaient alors vivre dans le bonheur, l’harmonie et la sagesse.


(...)


FRAGONARD - Conversation galante dans un parc (1754)


 

VOLTAIRE : Moi je pense que la compagnie, qui fait partie de mes bonheurs personnels, permet l’échange d’idées et le recul sur soi. Discuter est l’un des meilleurs outils pour réfléchir profondément… Voyez comme nous sommes différents ! Mais néanmoins, n’aimez-vous pas, de temps en temps, philosopher entre amis ? Peut-être ces derniers se font-ils rares. Quoi qu’il en soit, le bonheur pour moi passe par l’entourage… Et lorsque l’entourage est féminin, le bonheur n’en est que décuplé. Pour les femmes, avouez que votre adoration pour le naturel et le sauvage est quelque peu changée. Nul ne peut proclamer ne pas être heureux s’il est aimé par une femme comme celle-ci : ronde et fraiche, richement habillée, portant mille rubans dans la chevelure, doucement parfumée et belle comme une reine. Et non par une souillon, sauvageonne, sale et mal vêtue,  cheveux sur les épaules et ongles crasseux.

 

ROUSSEAU : Je ne suis pas coureur de jupons Monsieur, bien au contraire. Et sachez que le genre de femme qui me rendrait heureux n’est ni l’une ni l’autre d’entre vos deux propositions. Mais si je devais vous décrire mon idéal féminin, ce serait celui-ci : l’habit m’importe peu, la classe sociale tout autant. Je l’aimerais pour ce qu’elle est, non pas pour ce qu’elle possède. Vive d’esprit, gentille et pleine de sagesse. Cela ne l’empêcherait pas d’être ronde et fraiche, doucement parfumée et belle comme une reine. Ou devrais-je dire, comme une biche des bois, Monsieur. Voyez-vous ?


(...)


FRAGONARD - La lettre d'amour (1770)



 

ROUSSEAU : Me voila rassuré. J’espère ne plus avoir de mauvaises surprises en lisant vos lettres, si un jour nous nous réécrivons. Au revoir Monsieur Voltaire !

 

(Il sort. Voltaire va se rasseoir à son siège)

 

VOLTAIRE (criant) : Et merci pour les fleurs ! Bouquet original, quoiqu’un peu simplet…




CHARDIN - Fleurs dans un vase (1760) 

Par Zoé - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 14:53





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

VOLTAIRE (l’invitant à s’asseoir sur une chaise) : Asseyez-vous !

(Rousseau accepte enfin la proposition et s’assoit. Les deux hommes se dévisagent à nouveau.)


VOLTAIRE : Cacambo ! Veuillez servir notre invité du meilleur vin que nous possédons je vous prie. 


(Le serviteur sort du grand salon. Rousseau ne dit mot)


ROUSSEAU : Je ne comprendrai jamais comment un homme tel que vous peut asservir quiconque. Je dois le reconnaître, je vous pensais plus respectueux, plus déférent, plus humble.


VOLTAIRE  : Mon cher ami, cet homme pour être heureux se devait de travailler, c’était le seul moyen de rendre sa vie supportable, je n’allais pas le laisser dans la misère tel un sauvage ! Moi, je rends service à ces pauvres gens. Vous, vous les célébrez sans les aider. Quel intérêt ?


ROUSSEAU : Alors c’est cela, pour vous, la définition du bonheur ? Travailler ? Je considère qu'aucun homme ne doit être dominé par un autre quels que soient ses besoins. Je considère que tout homme doit être libre de vivre où bon lui semble. Je considère aussi que tout homme doit faire ses propres choix et non être obligé d’exécuter ceux des autres.


VOLTAIRE : Je ne l’ai obligé en rien. J’ai toujours regardé le travail comme la plus grande consolation des malheurs inséparables de la condition humaine. Ce travail lui permet d’être heureux et d’élargir ses connaissances rien qu’en m’observant  … Même si je suis sénile, malade, presque infirme.


(Cacambo revient avec un plateau, le regard triste et fatigué. Il le pose sur la table et s’en va.)

 

(...)

 

 

CHARDIN  (1738)

 

 

VOLTAIRE : Vous avez tout compris. Vous vous éloignez de la société alors que vous en faites partie. Vous avez aidé à la créer. Vous êtes un philosophe, vous êtes donc pour l’accroissement des connaissances, mais vous critiquez le progrès. Pour moi, c’est être malhonnête, excusez-moi.

 

(Rousseau se lève prêt à s’en aller.)


ROUSSEAU : Vous me dites malhonnête alors que depuis mon arrivée, vous me flattez avec vos mensonges ? Vous ne proférez que mensonges sur mensonges, méchancetés sur méchancetés. N’allez pas dire par la suite, que l’homme à notre époque est un être bon. Vous savez bien que c’est faux, vous en êtes la preuve !


 

 

 

  

CHARDIN - La blanchisseuse (1735) 

Par Juliette - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /2009 02:14





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

ROUSSEAU : Je ne vous demande pas de m’aimer loin de là, juste de me laisser parler, de m’écouter, de comprendre que des gens puissent avoir des visions du monde différentes, comme pour moi le bonheur qui je pense se trouve dans la vie à l’état nature ! Dans laquelle en l’occurrence nos ancêtres vivaient. Avec mon livre je ne veux pas de retour en arrière ! Me prenez-vous pour un imbécile? Croyez vous vraiment que cela est possible et que je serais assez naïf pour le croire ? Je tiens juste à faire partager mon point de vue, mais vous ne voulez rien entendre ! Pour vous, le bonheur, c’est votre époque ! Le siècle de fer comme vous dites … Vous trouvez vraiment çà beau, le fer ? Cette couleur est sûrement des plus laides et ce métal des plus laids !

 

VOLTAIRE (quittant sa fenêtre pour se rapprocher de ROUSSEAU) : Tout d'abord ; ce n'est pas que je ne veux rien entendre, au contraire tout ce que vous dites me va droit au cœur ! C'en est tellement vrai que j'ai envie de vous embrasser. (ROUSSEAU fait une grimace). En effet, j'aime mon siècle : il ne vous plait point, quel dommage ! Et bien dans ces cas-là fabriquez vous une machine à remonter le temps ! Vous n’êtes pas tombé dans la bonne époque, navré pour vous. Mais excusez-moi, je ne vois pas en quoi vous considérez votre époque utopique comme siècle d’or ! Il me semblait pourtant qu’à cette époque l’argent n’existait pas, que tout était à tous …

 

(...)

 

 

VOLTAIRE : Dommage, peut-être auriez vous fait un vénérable homme courant tout nu après un singe poilu. Je vous y vois bien, tiens !

 

(VOLTAIRE part dans un fou rire avant que ROUSSEAU ne le coupe)

 

ROUSSEAU : Peut-être en effet, mais cet homme tout nu, peut être aurait-il moins de soucis que vous ! Lui vit comme il l'entend, lui ne s'est pas fait virer de toutes les cours d'Europe, lui n'a pas besoin de s'exiler de peur d'être jeté ! Il est libre, cet homme, il va où il veut quand il le souhaite, il n'a pas d'obligations et pas de devoirs, mais il n'a pas besoin d'en avoir, car pour lui le respect est une chose des plus normales puisqu'il ne connaît  ni l'argent ni le progrès et c'est une bonne chose !

 

VOLTAIRE : Nous avons apporté la connaissance, le progrès et la notion d'argent dans certaines contrées dont vous défendez la cause, bien malheureusement et avec une efficacité bien maladroite ! Le bonheur dans lequel je vis, j'ai envie de le faire partager, et non pas comme vous de le faire subir !

 

 

 


 

 WATTEAU - Les plaisirs du bal (1715) 

Par Fanny - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 14:38





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

 

VOLTAIRE : Avez vous fait bon voyage, mon bon ami ?  (...) Vous me paraissez fort crotté pour un si grand écrivain ! (Voltaire a un léger rictus)

 

(...)

 


 

ROUSSEAU (il l'interrompt) : Mais, si comme vous dites, l'évolution de l'homme fait son bonheur, alors l'inégalité, l'injustice, l'esclavage, le despotisme, les guerres ont fait le bonheur de l'humanité ? Alors, nous sommes de jolis monstres sanguinaires. Nous prenons plaisir à tuer pour de l'or, pour avoir des objets plus rares que d'autres, pour de la nourriture...... ( Après réflexion ) Donc les hommes tuent pour le besoin matériel. Or, vous m'avez dit que le besoin matériel faisait le bonheur des hommes. Donc vous pensez que tuer rend l'homme heureux, que les injustices, que les guerres, que le despotisme nous rendent heureux ? Eh bien, je ne sais pas quel homme vous êtes pour penser de cette manière !

 

 

 

(Les deux hommes vont reprendre quand une voix les interrompt)

 

UNE VOIX : Monsieur, Monsieur de Voltaire, il y a un gueux qui demande à être reçu ! Il dit qu'il est paysan, de plus, il est propriétaire d'un jardin près de votre château ! Il semble vraiment très malheureux !

 

(...)

 

 

VOLTAIRE : Sottise que ce discours, cela n'a aucun sens ! Ne pensez-vous donc pas que les arts, font le bonheur des hommes? Que le progrès culturel est venu adoucir nos mœurs et purifier nos âmes ?


(En faisant de grands gestes il renverse son encrier. Il va pour le ramasser mais, en se baissant il fait tomber sa perruque dans la flaque d'encre. )

 

Fichtre !! Quelle journée !!

 

ROUSSEAU : Vous n'êtes pas heureux peut-être ? Regardez c'est de l'art cette tâche d'encre !

 

 

 

 

CHARDIN - Le château de cartes  (1736) 

Par Mathieu - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /2009 08:03





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 


VOLTAIRE : Nous avons une position strictement opposée puisque je considère que l’âge d’or est une époque que l’on pourrait qualifier de primitive et donc peu enviable. Je considère qu’il est absurde d’éprouver de la nostalgie, de ressentir le besoin d’un retour à cette époque de l’innocence sous prétexte que l’homme se débauche et se pervertit. Au contraire l’homme doit progresser ; je refuse d’admettre que l’homme soit fait pour régresser !

 

ROUSSEAU (se levant) : Permettez-moi de réaffirmer ma conception : je prône la nature, comme havre de paix propice à l'épanouissement de l'homme. J'aime me réfugier aux Charmettes, où je goûte aux plaisirs de la nature et de la campagne contre les turpitudes de l’existence et les affres de la dure vie d'écrivain. Un bonheur parfait, que j’idéalise peut-être et que je souhaite fixer par l’écriture.

 

(…)

 

VOLTAIRE : En totale contradiction avec le jansénisme, je considère que le bonheur de l’homme devra s’accomplir ici-bas et non dans l’au-delà, ce monde auquel il n’aura peut-être jamais accès et qui n’est pas le sien. J’estime que l’homme n’est pas condamné sur Terre pour réparer les péchés commis, mais bien au contraire il doit profiter puisque son bonheur réside dans ses mains et non pas celles de dieu !

 

(…)

 

Je fais et je ferai toujours l’apologie du luxe car c’est un plaisir qui n’a de cesse de favoriser l’art et les activités créatives. Le luxe ne pervertit pas l’homme mais bien au contraire ! Il le rend fécond et c’est aussi une source de richesse, de production, d’épanouissement, d’aise…

 

 

 

BOUCHER - La Toilette  (1742) 

Par Delphine - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 14:20





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 


Voltaire (l’invitant à s’asseoir sur une chaise): Asseyez-vous !...

 

Rousseau (Cherchant un siège vu que le seul qu’il y ait, Voltaire y est assis.) Merci, mais vous me montrez là le sol, voudriez vous que je daigne m’asseoir par terre?

 

Voltaire (n’ayant pas l’air de se préoccuper du fait que son ami n’ait pas de quoi s’asseoir, il est dans ses songes, puis se rend compte de sa bêtise et appelle un domestique) : Voudrais tu apporter un siège pour (cherchant le nom, mais ne trouvant pas) … mon ami.

 

Une voix : Oui, monsieur (il part en courant, mais trébuche sur le tapis)

 

Rousseau : Vous allez bien ? (En s’approchant du domestique)

 

Voltaire : Laissez, il est tellement maladroit qu’il ne sent sûrement plus rien. Dépêchez vous, mon petit, un siège, je ne vous demande pas la lune !

 

Rousseau : Je reconnais la votre besoin de rabaisser toute personne vous côtoyant. C’est sûrement ce qui fait votre succès !

(...)

Rousseau : (se lève énervé et méprisant du regard Voltaire) Je tiens juste à vous dire que votre âge avancé vous fait sûrement perdre la tête. Sur ce, à bientôt ! (sourire narquois)

 

Voltaire : (regardant par la fenêtre et se chuchotant à lui même) Je ne suis pas si vieux ! (se dirigeant vers le miroir et se répétant) Non, je ne suis pas vieux, je suis même très beau et plutôt élégant.

 



CHARDIN - La Pourvoyeuse  (1738) 

Par Katy - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 06:37





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 


VOLTAIRE : Laissez Candide en dehors de cela ! C’est un brouillon que j’ai publié pour des amis, je le regrette d’ailleurs. Il n’aura jamais de succès … Non, ce que je veux vous faire comprendre, c’est que, en mon sens, le vrai bonheur d’aujourd’hui se trouve dans la société, dans le confort et les plaisirs qu’elle apporte. Regardez les tableaux, écoutez les musiciens, passionnez-vous pour nos pièces de théâtre ! N’est-ce pas cela le vrai bonheur ?

 

ROUSSEAU : Toutes les choses que vous citez me paraissent si superficielles ! Avons-nous vraiment BESOIN de tout cela ? Devons-nous nous prosterner devant ces « chefs-d’œuvre » ? La vie en elle-même en est un ! Plus une chose est simple et naturelle, plus elle est BELLE !

 

(Voltaire retourne s’asseoir. Rousseau à son tour se lève, va à la fenêtre et l’ouvre. C’est le matin, on entend les oiseaux piailler)

 

ROUSSEAU : Regardez plutôt. Quel spectacle que cette campagne qui s’épanouit au fil du jour. Quelle belle mélodie que sont les chants des oiseaux qui m’émerveillent … Je me fiche bien de vos théâtres et autres musiciens. Ce que je vois chaque jour, c’est un spectacle à part entière.

 

(Voltaire avance d’un pas)

 

VOLTAIRE : Mais la vie est tellement plus riche que cela enfin ! Ouvrez les yeux ! N’y a-t-il que la nature qui vous intéresse ? Quels sont vos loisirs ? N’appréciez-vous point le confort de votre vie en Europe ? Préférez-vous rejoindre les masures des peuples primitifs et renoncer à tout ce que vous avez ? Y compris votre bon sens ? Car je doute fort que ces sauvages en aient énormément, ainsi je pense que cela ne vous servirait plus à grand-chose …

 

 

 


GREUZE - Mère et enfant (1765) 

Par Margaux - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 15:08





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 


Voltaire : Il est vrai que je suis heureux, et je me désole que vous ne le soyez point, mais ce bonheur ne vient sûrement pas du fait que je suis un plus grand maître que vous, voyons. Peut-être dans votre refus du progrès et à force de vivre à 4 pattes dans vos bois comme un sauvage souffrez-vous d’un mal aux genoux. Mais ce n’est pas un mal pour moi, vous me ramenez les fleurs que vous n’avez pas broutées !

 

(Voltaire se retourne vers le bouquet que Rousseau vient de lui offrir, et refait face à ce dernier, affichant un sourire plus grand encore.)

 

Rousseau : Je me désole toujours autant pour vous, mon cher maître. Aveuglé par votre luxe et vos mondanités, il semblerait que vous ayez oublié la simplicité dont l'homme est naturellement doté.

 

 

(...)


 

Malheureusement, le goût pour la grande culture et les beaux arts semble vous être inaccessible depuis votre second état de nature. Malheureusement, vous semblez rejeter l'industrie, les progrès de l'humanité et la connaissance qui ont éclairé le visage des hommes pour les éloigner de l'état bestial, du fanatisme et de la violence. Ce n'est qu’à force de savoir, de travail, d'échanges,  que les hommes peuvent se transformer en citoyens plus ou moins civilisés. Voilà, comment les hommes peuvent être heureux. Aujourd'hui, et non pas quand la nature était dans son enfance.

 

Rousseau : Je ne refuse pas de vivre à notre époque, simplement, je m'efforce de ne point m'éloigner de ce qu'était l'homme à l'origine. Les promenades solitaires au cœur de la nature, l'imagination, la simplicité et une vie sans contraintes ou travaux asservissants, voilà des choses qui rendent les hommes heureux. La nature est vertu, et s'en éloigner détériore l'image de la société. Rendez-vous compte de l'hypocrisie qui se cache derrière tous vos artifices dénaturés ? Et cela est dû à la rupture entre le cœur et la raison : la civilisation a oublié le cœur. C'est donc ça, pour vous le bonheur : l'hypocrisie, les calculateurs, l'homme cruel ? Si c'est le cas, où est donc l'auteur de  «Mérope», de «Zaïre» ou d’«Alzire» que j'admire tant, qui m'a même inspiré ?

 

(Rousseau se lève, se dirige vers la porte. Voltaire, pour une fois ne dit rien, il reste assis à son bureau et regarde Rousseau sortir. Mais Rousseau s'arrête à quelques pas de la sortie, il fait demi tour)

 

Rousseau : J'étais venu vous questionner à propos de vos tracts anonymes, mais je crois que je n'ai plus rien à vous dire maintenant. A part peut-être que cela illustre bien ce que je viens de vous dire. Adieu, Monsieur Notre Chef, encore une fois je vous hais, avec tout le respect que je vous dois en tant que votre élève. Je suis de tout mon cœur et avec respect, etc.

 

(Rousseau sort du cabinet. Voltaire n'a toujours pas bougé, il reste là un moment, silencieux, puis retire sa perruque qu'il laisse sur son bureau.)

 

(Fondu au noir, le rideau tombe)

 

 

 

BOUCHER - Paysage près de Beauvais (1740) 

Par Barbara - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Lundi 9 novembre 2009 1 09 /11 /2009 04:16





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MA
NIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

 

ROUSSEAU (feuilletant le livre) : Un recueil des compositions de Rameau ? Je ne m’étonne pas de trouver quelque chose venant de cet énergumène chez vous.

 

VOLTAIRE : Je ne vous permets pas. J’ai eu vent de votre brouille avec ce brillant homme. Son sens musical est fantastique, allant mille lieues au-delà du mien, et a fortiori, du vôtre.

 

ROUSSEAU (sortant le nez du recueil) : Je ne crois pas que vous ayez connaissance de mes talents en matière de musique, même à la lecture de ma Lettre sur la musique française. Cependant je ne me vanterais guère. Mais Rameau n’est selon moi absolument pas un brillant musicien. Il a du talent certes, mais il n’a rien d’une légende. Qui plus est, il n’est pas très réceptif aux critiques, et n’est pas non plus un théoricien de génie.

 

VOLTAIRE (montrant Rousseau du doigt) : La plupart des gens de musique de France font de vous un portrait similaire, moi y compris. Et ce n’es pas parce que je compose en sa compagnie.  Je pense que c’est faute d’avoir assisté à une de ses représentations que vous avancez ce que vous avancez. Comment pouvez-vous cracher sur un travail aussi minutieux et majestueux ? Vous qui n’êtes pas spécialement un adepte de la vie à la cour, vous ne pouvez peut-être pas comprendre, mais ses retranscriptions sont vraiment saisissantes.

 

ROUSSEAU (imitant son hôte) : Je n’ai pas grande envie de faire partie intégrante de cette vie hypocrite et malsaine. Vous en avez la connaissance, Monsieur J’ai-été-exclu-de-toutes-les-cours-d‘Europe !

 

VOLTAIRE (faisant mine d’avoir peur) : Mais c’est qu’il mordrait ! Sans rire, même en considérant l’aspect hypocrite, j’échangeais tout de même avec les plus grands philosophes et monarques du monde. Vous étiez bien dans ce temps là avec votre chien et votre bonne, Monsieur Je-m’exclus-dans-une-forêt-pour-philosopher-avec-mon-animal-alors-que-je-me-prétends-écrivain ?


(...)

 

 

VOLTAIRE : Ne croyez pas m’échapper ainsi. Il faudrait que je vienne vous visiter. L’on pourrait se balader nus en forêt avec des lances et des pierres, puis discuter de fruits et de pêche avec réflexion. Ah, et n’oubliez pas votre bouteille de lait que je vous ai fait préparer, et un brin d’herbe de mon jardin, en souvenir.

 

ROUSSEAU (ouvrant la porte) : Je prends l’herbe. Pour le lait ça ira.

 

VOLTAIRE (se rasseyant) : Et bonjour à votre brave chien !

 

(Rousseau ferme la porte, et Voltaire se lève pour le regarder partir, en mordillant sa plume)

 

 

 

OUDRY (1725) 

Par Robin - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 14:14





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

Voltaire (l’invitant à s’asseoir sur une chaise) : Asseyez-vous !...

 

Rousseau : Ne voulez vous pas plutôt que nous marchions ? C’est plus commode pour bavarder

 

Voltaire : Mon dos me fait malheureusement trop souffrir pour ce genre de loisir. Ne trouvez-vous donc pas ce bureau assez confortable, pour préférer sortir ?

 

(Rousseau regarde autours de lui. Ses sourcils se froncent quand il voit le buste en marbre de Houdon trônant sur le secrétaire et les tableaux de maîtres tapissant les murs, dont chaque cadre rivalise de lourdeur. Il lève ensuite la tête vers l’énorme lustre, dont le reflet des petites bougies sur le cristal et l’or les entourant fait miroiter le tout en un écœurant concert de lumières, de richesse et suffisance. Il ouvre la bouche plusieurs fois pour la refermer immédiatement, ne sachant pas quoi dire à son interlocuteur. Il s’assoit finalement.)

 

Voltaire (satisfait, prenant le silence de Rousseau pour de l’admiration) : Les œuvres d’art qui nous entourent sont le fruit du talent des plus grands artistes que l’Europe ait vu naître. Chacun de ces tableaux, chacune de ces sculptures m’a couté plus d’argent que vous n’en possèderez jamais.

 

Rousseau : Cela prouve-t-il que ces tableaux aient une quelconque valeur ? L’argent qu’on y a mis n’est pas représentatif de la beauté d’un objet. L’art est partout, peut-être même plus dans votre jardin, où vous ne mettez jamais les pieds, que dans cette pièce que vous choyez. 

 

Voltaire : Je vous reconnais en ces paroles. Pourtant, je vous assure que le lien entre le prix et la beauté d’un objet est très étroit. Une œuvre est chère si un grand nombre de personnes la convoitent. Et il y a parmi ces amateurs d’art un grand nombre de personnes dont la sensibilité et la culture sont autrement supérieures à la votre.

 

Rousseau : La sensibilité, comme vous dites, est différente pour chacun d’entre nous, mais il peut arriver que des hommes en soit singulièrement dépourvu, je vous l’accorde. Cependant, je ne pense pas en faire partie, contrairement à vous. La preuve en est que vous ne pouvez vous fier qu’à celle des autres, incapable que vous êtes de distinguer le beau du laid. Pour ma part, j’achète ce qui me plait, et non ce qui plait.

 

(Voltaire pince sa bouche sous la colère, d’une façon grotesque, et reste silencieux quelques instants)

 

(...)

 

FRAGONARD - Triomphe de Vénus (1765)

 

 

(Rousseau, subitement mal à l’aise, change plusieurs fois de position sur sa chaise)

 

Rousseau : Il s’avère, monsieur, que j’ai lu votre livre « Jeannot et Colin », et je voulais vous en féliciter. Je me suis d’ailleurs permis de rêver que vous seriez dans de meilleures dispositions pour m’accorder votre amitié, auquel cas je serais prêt à oublier les outrages que vous me faites subir depuis de nombreuses années déjà. J’ai même osé espérer, je vous l’avoue, que vous pourriez m’aider à retrouver l’estime de mes concitoyens Genevois, que vous m’avez fait perdre, à mon plus grand désarroi. Je vois malheureusement que vous prenez toujours le plus grand des plaisirs à railler vos semblables, la tolérance est un sentiment qui vous est étranger, vous êtes un homme haï, monsieur, et pour cela je vous plains.

 

Voltaire : Comme tout ceci est touchant ! Mais apprenez, monsieur, que vous n’avez pas à me plaindre de la vie que je mène. Je suis, j’en suis sûr, bien plus heureux que vous. Je suis en effet en mesure de m’accorder la compagnie des personnes les plus influentes d’Europe, d’avoir sur mes murs les plus beaux tableaux, de voir servis à ma table les plats les plus goûteux, cependant que les plus grands musiciens genevois me jouent des sonates de Bach ou de Mozart. 

 

Rousseau : J’ai passé les heures les plus heureuses de ma vie à savourer seul la pureté de la nature, à admirer la perfection d’une fleur sauvage baignée du soleil du matin, à manger des fruits encore frais de rosée tout en profitant de la douce mélodie d’une fontaine ou du chant d’un oiseau. Je vous conseille chaudement, monsieur, de vous y essayer, je crois que cela vous ferait le plus grand bien.

 

Voltaire : Je vous remercie beaucoup du conseil, mon cher ami. Cependant, je me réjouis que mon espèce soit passée à un stade supérieur d’évolution, ce qui me permet de profiter de plaisir autrement plus constructif. Mon jardin et cependant à votre disposition, si vous voulez vous y dégourdir les pattes.

 

Rousseau (qui se lève d’un bond de son siège) : Je crains, monsieur, que mon espoir de renouer des liens amicaux avec vous est vain.


(...)


 

 

WATTEAU - La boudeuse (1718)



Une voix : M. de Voltaire, vos invités !

 

Voltaire (Pressé, voulant se débarrasser de Rousseau au plus vite) : Hé bien, mon cher ami, le devoir m’appelle ! Je vais devoir vous laisser, malheureusement. Je lirai avec assiduité vos prochains ouvrages !

 

Rousseau (Se lève, mais ne semble pas vouloir se diriger vers la porte principale) : Mais je vous accompagne, voyons !

 

(Rousseau se dirige vers le salon, où affluent les invités. Voltaire le suit à petits pas rapides, essayant vainement de s’interposer entre Rousseau et la porte. A l’arrivée des deux hommes dans le salon, la vingtaine de personnes présentes se retournent vers eux, d’un seul mouvement.)

 

Rousseau (parlant très fort): Hé bien, cher ami, je vais malheureusement devoir vous laisser. Je sais que cela vous gêne que l’on me voit ici,

(En haussant encore la voix)

Et ne vous inquiétez pas, personne ne saura que vous m’avez invité

(Criant pour de bon)

Je sais me faire discret !

 

 

 

 

CHARDIN - Le panier de fraises des bois (1761)

 

Par Cécile - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Dimanche 8 novembre 2009 7 08 /11 /2009 02:29





EXTRAIT D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

ROUSSEAU : Ce ne sont que de simples préoccupations matérielles , votre fauteuil est bien beau, ainsi que votre lustre et vos tableaux… mais la nature offre des œuvres bien plus sincéres et touchantes, regardez cette verdure magnifique et ces fleurs autour de chez vous !

 

VOLTAIRE : (regard fixé sur le bouquet que Rousseau lui a offert) A mon humble avis, ce n’est pas avec ceci que vous séduirez comtes et comtesses...

 

ROUSSEAU : Ou voulez vous en venir ?

 

VOLTAIRE : Et bien les soirées mondaines, les bals masqués…

 

ROUSSEAU : Et où mènent toutes ces trivialités ?

 

VOLTAIRE : Voyons ! Et voyez vous un autre moyen pour voir du monde ? A moins que vous ne préfériez vivre avec des singes ?

 

ROUSSEAU : Les singes dont vous parlez sont certainement plus humbles et modestes que tous ces gens, dont vous faites partie, dont le seul plaisir est de paraître toujours plus intéressant, plus riche, plus orgueilleux et toujours bien plus mondain…

 

 

 

 


Par François - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 16:51
Par anaëlle et delphine - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 14:02





EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

VOLTAIRE :  Croiserez-vous un tableau de Raphaël dans un champ ?

 

(Rousseau se crispe et, d'un air faussement désolé répond)

 

ROUSSEAU :  Je ne crains qu'aucune peinture, jamais je ne trouverais... Mais, les couchers ou levers de soleil qui s'offrent à mes yeux sont tout aussi beaux que n'importe quelle toile. Raphaël ou pas.

 

(Voltaire se lève, cherche dans un tiroir de la grande armoire qui trône au coin de la pièce, en extirpe une toile qui représente un coucher de soleil et la montre à Rousseau)

 

VOLTAIRE :  Je ne peux nier la beauté du soleil, chantant à son réveil,  mais regardez donc ceci !

 

(Rousseau se penche vers le tableau, et le regarde attentivement)

 

ROUSSEAU : C'est effectivement une très belle reproduction... Je ... 


(...)

 

FRAGONARD - Aurore

 

ROUSSEAU :   Sans doute … Voyez vous, au cours de mes longues promenades, je trouve souvent toutes sortes de mets... Champignons, fruits, herbes aromatiques que je ne me lasse pas de cuisiner moi-même une fois rentré chez moi.

 

VOLTAIRE (ironique) Très bien … Que diriez-vous de me cuisiner un plat aux champignons un de ces jours ?

 

(Rousseau prend au sérieux la proposition de Voltaire)

 

ROUSSEAU :  Cela serait un grand plaisir, Monsieur, de cuisiner un plat pour vous ! 

 

(Voltaire se lève l'air heureux de pouvoir mettre fin à la conversation, il tend la main à Rousseau)

 

VOLTAIRE :  Eh bien, très bien, Monsieur, allez donc rejoindre mon cuisinier si cela vous chante ! Je suis... hum... Fou de joie de vous avoir rencontré. Maintenant il est temps pour moi de me mettre au travail, je suis débordé ces temps-ci !

 

(Le portier ouvre la lourde porte de la pièce et invite Rousseau à sortir)

 

 


Par Ana - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 01:27




EXTRAITS D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

Voltaire (qui s'est allongé de façon rapide mais ridicule sur le canapé - il prend un air goguenard ) : Qu'est ce qui vous amène mon brave ?

 

Rousseau (se tenant très droit sur son siège ) : Je voulais simplement échanger quelques paroles avec vous monsieur, bien que quelques affaires nous éloignent. J'ai lu votre livre Candide, il y a longtemps mais je voulais vous rendre visite maintenant que l'auteur a été dévoilé.

 

Voltaire (se redressant ) : Vraiment ? Je suis ravi pour vous... Mais cela mérite-t-il votre venue ? Ou est ce une simple excuse pour venir vous empiffrer de mon bonheur ?

 

Rousseau : Justement, j'étais venu vous parler de lui. Cela fait bien longtemps que je ne l'ai pas rencontré. A vrai dire, le jour-même où j'ai été chassé à coups de pied de l'enfance. J'ai vu un monde sinistre et j'ai reçu un joli camouflet ! Mais ma vie s'est infectée le jour où vous m'avez envoyé cette lettre.

 

Voltaire : Je vois... vous êtes venu faire vos excuses. Mais cela ne changera rien, savez vous ? On ne revient pas en arrière...

 

(...)

 

FRAGONARD - La tempête

 

 

Voltaire : Vous m'avez affreusement déçu. Vous m'avez enfoncé dans mes souffrances ! Je suis tombé dans une profonde dépression. Je ne sais toujours pas d'ailleurs ce qui vous à porté à écrire des imbécilités pareilles ! Ha ! (il brandit un carnet qui était sous le canapé) Discours sur les origines et fondements de l'inégalité ! Mon excellent médecin à pu me remettre sur pieds depuis que je l'ai lu, mais déjà vous revenez ! ( Voltaire s'allonge en un geste en grimaçant comme pris par une douleur ) Ah je me meurs !

 

(Rousseau bondit près à lui venir en aide)

 

Voltaire : N'approchez pas, Diable ! Est-ce dans vos intentions de m'achever ? Assassin !

 

Rousseau ( se rassoit inquiet ) : Je ne voudrais avoir votre mort sur ma conscience.

 

Voltaire (se rassoit triomphant ) : Ah quand même ! (et se rallonge aussitôt ) Trop tard... C'est déjà fait ! Je vous ordonne de vous taire et de ne plus jamais m'offrir de fleurs !

 

( Quelques secondes s'écoulent, Voltaire, après des gémissements ouvre les yeux et fixe Rousseau )

 

Alors ? Vous me faites perdre mon temps !

 

(...)

 

 

 

Rousseau : Mais je ne veux pas vous plaire. J'aimerais seulement que vous vous rendiez compte de votre absurdité. Vous vous tenez là, à vous prélasser, à molesser, à vous réjouir des mets les plus rares et les plus succulents, à vous comparer aux autres, à vouloir être le plus beau, le plus intelligent... Être le meilleur en somme ! Mais les autres vous vous en fichez, ceux qui meurent dans les rues, ça n'a pas d'importance ! Chaque soir vous vous endormez tranquillement sans chercher à comprendre ce qui pourrait engendrer un monde excellent ! Vous écrivez pour vous rendre célèbre !

 

(...)

 

 

Voltaire : Vivre comme des primitifs... Pourquoi pas ! Vous avez tout à fait le profil. Vous êtes un ours, non ouvert aux autres, or les ours vivent au fond des bois !


(...)

 

 

WATTEAU - La danse champêtre

 



Rousseau : Vous ne changerez donc pas ! Toujours aussi supérieur... Le luxe vous aigrit.

 

Voltaire : Le luxe m'inspire et me donne de l'aisance ce qui me rend heureux et ce à quoi aussi vous n'aurez pas accès au fond de votre trou ! Les belles choses font des merveilles

 

Rousseau : Le luxe n'est pas une belle chose. La preuve est qu'il vous rend veule. On dit que quelqu'un vit mollement pour dire il ne vaut rien. L'âme s'amollit insensiblement et prend le pli de l'oisiveté et de la paresse dans laquelle elle s'est endormie. Une existence rude n'est elle pas plus avantageuse à l'homme ? Comme s'il y avait une grande différence entre l'inaction et le tombeau !

 

(...)

 

 

Voltaire (il frappe dans ses mains et un valet arrive ) : Accompagnez ce monsieur ! Au revoir et faites vite, je vous prie.

 

(Rousseau quitte la salle. Voltaire court à la fenêtre et on imagine qu'il regarde Rousseau s'éloigner )

 

Voltaire : Quel talentueux désastre !

 

(Voltaire lève l'index et un sourire illumine son visage. Il court à son secrétaire écrit quelque chose sur la feuille du début et retourne à la fenêtre. Il tend la feuille devant lui)

 

Voltaire : Sous le soleil bruni par les hommes, une femme rousse aux yeux verts s'enfonce épineuse sous la terre, un bouquet de ronces rougit ses mains pâles, l'ignorance s'installe.

 

Voltaire (il jette un coup d'œil à la pendule et dans un sursaut de plaisir quitte la pièce ) : Mais c'est l'heure de la mollesse ! Installez moi une chaise près des camélias !

 

( Le rideau s'abaisse )

 

 


Par Anaelle - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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Vendredi 6 novembre 2009 5 06 /11 /2009 15:02





EXTRAIT D'UN DIALOGUE THEATRAL
ENTRE VOLTAIRE ET ROUSSEAU
A LA MANIERE DE JEAN-FRANCOIS PREVAND

 

 

VOLTAIRE : Ce livre est une honte ! Jamais personne n'avait critiqué le genre humain ainsi . Et de surcroît vous prétendez être un écrivain des Lumières mais, mon cher, vous êtes tout le contraire .

 

ROUSSEAU : Mais pourquoi dites vous cela ?

 

(Avec un air agacé Voltaire se lève et vient se placer à quelques centimètres de Rousseau)

 

VOLTAIRE : Je trouve que votre livre est misanthrope . Vous y critiquez constamment le genre humain ... Je trouve comme vous que notre vie a évolué mais contrairement à vous, je vois cette évolution dans le bon sens !! L'Homme, d'après moi, est bon et ce sont les hommes comme vous qui sont mauvais ...

 

ROUSSEAU : (Toujours très calme, sans aucune marque de colère ) Je n'ai jamais dit que l'Homme était mauvais dans mon livre ... Je suggère même le contraire .

 

VOLTAIRE : Seriez vous en train de vous moquer de moi ?

 

ROUSSEAU : (En sortant son livre de sa besace) Je n'oserais point, voici un passage qui montre que moi aussi je pense l'Homme bon...

 

(Rousseau lit et montre du bout du doigt la phrase « l'Homme est bon c'est la société qui est mauvaise »)

 


 

Par Julia - Publié dans : Un mouvement littéraire : autour des Lumières
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